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   Souvenirs  

 

 

Dans cette rubrique nous aimerions regrouper tous les souvenirs , bons ou/et mauvais , que chacun garde de Renier  et  noter les évènements importants  qui ont jalonné l’histoire du village .

Écrivez-nous …Et merci d’avance .

 

Cliquez sur le lien pour atteindre la page désirée

 

 
Rénier en 1944 d'après J. P. Mondon Rénier en 1931 d'après André Couder
Rénier en 1961, Jacky Italiana Hiver 1945  d'après Andrée Denis-Ehrold
Programmes de fêtes à Rénier
 Souvenirs  d’enfance en 1944  par Andrée Denis Ehrhold
  Le Boussaadia    (revue "Ensemble") 
Noël et jour de l'an à Rénier dans les années 60 par Sabine       Mariage Edmonde Regourd avec Gilles Davrieux
 Bassin de l'église Photo de Martine Davrieux-Maliverney Madame Gaillard
M. Lalleg Youb un ancien combattant du village      Fêtes de Pâques à Renier    
Armand Payan   hommage Mémoires d'Huguette Chambon
Flavien Davrieux     chanson Patrice Leclef    22/04/2013
Andrée Denis: la jeunesse de Rénier Baptême de Danielle Davrieux
Paule Payan-Drouet certificat scolarité
Lachmi Mestari 14 mai 2016:  Le moulin    Photo famille Payan de Guelma
Photo joseph Payan et Jean Louis Sciberras  18 septembre 2017 Le café sciberras  26 septembre 2017

 

 

Six-Fours les plages le 22 septembre 2017

Le café Sciberras

De nouveau une photo importante du village qui m’a été envoyée par Fabienne Molliex. Merci à elle et merci à un Guelmois de la Mahouna qui a agrandi le cliché et amélioré les contrastes.

Ce café Sciberras était un haut lieu de l’amitié. Je ne savais pas ou j’avais oublié qu’il s’appelait café de l’espérance alors que le nom était inscrit sur le fronton !

 Tous les hommes se retrouvaient là pour discuter des informations de la journée ou de la semaine et pour trinquer le plus souvent avec une anisette. Je n’ai pas souvenance que les femmes y allaient et la seule fois où je suis entrée dans la grande salle c’était pour un réveillon de fin d’année car le bal avait été organisé là plutôt qu’à la salle des fêtes .

Par contre, en allant à l’épicerie Molliex, je m’arrêtais souvent près de la dernière fenêtre au fond pour parler avec ma grande amie Lucie. Elle s’occupait  beaucoup  de la maison pendant que  sa mère travaillait au café avec son frère Guy ce qui fait qu’elle ne sortait pas souvent avec nous. Elle faisait de succulentes pâtisseries et réussissait à merveille la nougatine ! Je ne l’ai revue qu’une seule fois , en France, chez Christian et Annie baudet qui nous avaient préparé un super couscous ! Que de souvenirs nous avons évoqués ce jour là , aussi bien du collège de Constantine que de l’école de Rénier où nous étions ensemble dans la classe de Mme Gaillard.

Le café n’existe plus mais dans ses murs il y a un cabinet de vétérinaire. Vous pouvez le voir en allant sur la rubrique Voyage à Aïn Makhlouf.

Sabine

                                                                                

 

 

Six-Fours le 18 septembre 2017

Merci à Fabienne qui m’a envoyé cette photo de mon oncle Joseph tenant par la main Jean-Louis Sciberras , fils de Raymonde et Georges .Je pense que cette photo a été prise dans la cour de l’école . J’ai très peu de clichés de mon oncle. Il était souvent absent quand nous prenions les photos et en plus il n’aimait pas cela ! Je l’aimais beaucoup. Discret et secret il s’occupait des terres et de ses bêtes. Je le regardais souvent depuis la terrasse lorsqu’il domptait les chevaux, pas seulement les siens mais également ceux qu’on lui confiait. Il faisait cela sans violence mais avec détermination pour les amener à accepter une selle et le mors. Il parlait arabe couramment et se déplaçait toujours à cheval.

 Rentré en France, ses terres lui ont beaucoup manqué, sa maison aussi sans doute mais il ne se plaignait jamais. Il vivait à Layrac chez sa sœur Denise et venait régulièrement à Lyon chez ma mère où il restait parfois un trimestre. Il aimait cette ville et avait même, au hasard de ses promenades, retrouvé  des ouvriers de Rénier avec lesquels il se plaisait à parler arabe, juste par plaisir ! d’ailleurs au village , assis sur la grosse pierre qui servait de banc, en bas de la maison, il discutait souvent en arabe avec ses ouvriers et Messaoud qui n’avait plus qu’une jambe et logeait dans un petit local à côté de l’écurie. Mon oncle est décédé en 1993, après ses sœurs disparues en 1980 pour ma mère et en 1981 pour ma tante Denise.

Quant à Jean Louis nous nous en occupions souvent. Ma mère le gardait quand   Raymonde avait trop de travail et nous, nous le promenions le soir autour du village pendant nos vacances. C’était un fonceur qui n’avait peur de rien et qui savait se faire aimer. Il habite maintenant en Argentine et n’a pas oublié sa jeunesse à Rénier ! Il a d’ailleurs écrit à plusieurs reprises pour le site.

Merci encore à Fabienne qui habitait dans la même rue que nous mais dans la maison qui faisait le coin, en face des Regourd Aimé et avant la descente qui menait dans la rue d’en bas.

 

 

     Six_Fours le 14 septembre 2017

 

Voici une photo de la famille Payan de Guelma qui date de 2006 . Plusieurs sont nés à Rénier.

Cette photo m'a été envoyée par le petit fils de Marie Thérèse Payan qui est prêtre comme son grand oncle Armand. Merci à lui .

 Elle a été prise le 11 février 2006, jour des noces d'or de Christiane Payan et son mari Albert Cavaillès.


 

Au premier rang de gauche à droite, on a Albert Cavaillès , Christiane, Emilienne une amie, Charlet Payan et Elysée Payan .

Au deuxième rang , de droite à gauche, on a Paule Payan épouse d'Elysée, Marie-Thérèse Payan , Armand Payan le prêtre, Jacqueline et Marcel Payan son époux à côté  , jumeau de charlet Payan et Paule Payan Drouet, une cousine.

Que de bons souvenirs nous avons, surtout avec Charlet , Christiane et leur mère alors qu'ils habitaient encore Agen.

Le temps a passé, hélas!

Sabine                                                 xc

 
Oued-Zénati,le 14 mai 2016.
 
Bonjour Sabine,
 
Il y a presque deux mois depuis que je vous ai envoyé mon dernier message.
En effet, celui-ci date du 16 février dernier. Aussi, je m'excuse vivement pour ce retard.
Pour ce présent message, je viens de me rappeler d'une ancienne histoire qui concerne Mr Chazalon qui était garde-champêtre à cette époque et en même temps éleveur de porcs.
Il habitait une grande maison dans l'ancien moulin Marius Chabout, près du pont du même nom. Il avait un grand jardin et je me souviens de lui quand il faisait sortir son troupeau de porcs pour l'emmener boire au bassin, non loin de la porcherie. Il était aidé par un ouvrier répondant au nom de Zaiter Reghis.
Si vous vous souvenez bien de l'endroit, Mr Chazalon avait même des poules, des canards et des oies qui se baladaient partout et pondaient leurs œufs dans les broussailles, aux abords du ravin menant vers Ain-Tolba.
Mes amis et moi, nous nous promenions toujours dans les parages et on ramassait tous les œufs qui se trouvaient dans les taillis, avec une grande attention bien sûr, de peur que Mr Chazalon nous surprenne et nous punisse, mais on échappait chaque fois à sa vigilance.
Ah! Quelle belle époque nous avons vécue dans ce village merveilleux, si petit il, mais plein de bons souvenirs!
Bien à vous et à tous vos proches.
Au revoir.
Lachmi.
 
 
Bonjour Lachmi ,
Nous allions au moulin quand il était tenu par les Chabout  car c’était notre famille mais je me souviens bien des chazalon , notamment de leurs filles .Plus tard ,ils ont quitté le moulin et se sont installés dans une maison située dans la rue du milieu, presque en face de celle des Pra.
Ce dont je me souviens surtout c’est de l’oued qui passait sous le pont et qui, un jour, avait débordé en entrainant tout sur son passage ! C’était impressionnant.
De même il y avait  des amandiers tout au long du muret qui longeait le chemin, juste à côté et je me souviens que nous allions ramasser des amandes (pas des œufs !) en sachant que nous n’avions pas le droit de le faire. En continuant ce chemin, on arrivait si ma mémoire est bonne à la ferme Marcel qui appartenait à ma famille.
Comme vous le dites, c’était une belle époque, celle de notre jeunesse !
Bien à vous.
Sabine

 

Oued-Zénati,le 05 juin  2016
 
Bonsoir Sabine,
 
Je réponds à votre message ci-dessous.
A propos du moulin Chabout et de l'oued qui passe tout près, il n'est pas à son premier débordement. En effet, je me souviens qu'en août de l'année 1997,un violent orage avait éclaté et après quelques minutes seulement, il y avait
tellement de trombes d'eau que celles-ci avaient pénétré à l'intérieur de la maison  jouxtant l'ancien moulin où logeait une famille. Les eaux en furie avaient emporté tout sur leur passage, y compris le mobilier de cette maison et
 heureusement, il n'y avait eu que des dégâts matériels (affaissement des murs et de la toiture).
Devant cet état de fait, le Conseil municipal avait décidé de procéder au relogement de la famille sinistrée et quelques années plus tard, il avait décidé également de recouvrir cet oued en apposant de grosses canalisations, suivies par leur remblayage.
Concernant les amandiers dont vous m'avez parlé dans votre message, aujourd'hui ils n'existent plus. A leur place, on a construit des hangars agricoles et des maisons d'habitation dans les années 70 et actuellement, on voit pousser sur le même endroit des bâtiments HLM comme des champignons et il ne reste plus que quelques dizaines de mètres pour que ces constructions atteignent les premiers arbres de l'ancienne ferme Marcel. La photo qui représente le mieux cet endroit est celle de Régine Saint-Pierre avec Claude Molliex et Rémy Petitgirard, sur le site dans la rubrique photos.
 
Bien à vous.
 
Lachmi.
 
Six-Fours le 20 juin 2016
Bonjour Lachmi
Merci pour ces détails qui  montrent que le paysage a profondément changé. Quand  je suis venue en 2006 j’avais vu que le cours d’eau avait été  recouvert et je me souviens avoir pensé que c’était dangereux  de faire disparaître un oued… mais si vous dites qu’il y a , dessous les remblais, de grosses canalisations qui piègent le courant c’est mieux …à condition que celles-ci ne se bouchent jamais !Nous avons eu récemment en France de grandes inondations  dues aux rivières qui étaient sorties de leur lit suite aux fortes pluies !
Je pense que vous êtes en pleine période de jeûne, je vous souhaite donc bonne fin de ramadan . Bien à vous.
Sabine

 

 

 

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4 mai 2016

Bonsoir Sabine, 

En fouillant dans mes archives, je viens de découvrir un certificat de scolarité vieux de 54 ans.

En effet, il a été établi en date du 07 avril 1962 et signé par Mr Charles Saint-Pierre, c’est-à-dire environ trois semaines après le cessez-le-feu (19 mars 1962) et trois mois avant l'indépendance officielle de l ’Algérie (05 juillet 1962).

Je ne sais pas comment il a résisté à l'effet destructeur du temps, mais à voir son état jauni, on peut dire qu'il a vraiment fait face à l'usure pendant cette longue période, ne croyez-vous pas?

En gardez-vous encore de tels documents chez vous?

Je pense que vous allez l'insérer dans la rubrique «Souvenirs», car il s'y prête bien.

Bien à vous et à tous vos proches.

Lakhdar.

 

 

 

 
 1er mars 2015

 

Dans les dernières années de sa vie Paule Payan-Drouet (1920-2011) a écrit ses mémoires concernant  sa jeunesse passée en Tunisie. C’est moi qui ai tapé son texte et ce faisant j’ai beaucoup admiré  sa mémoire, son style très vivant et le courage qu’elle a eu pour mener à bien ce projet alors qu’elle avait plus de 90 ans ! Elle était née en Tunisie dans une modeste ferme Dupleix  des fermes françaises de Manouba, à quelques kilomètres de Tunis…Son père Clovis Payan était mon grand oncle. J’ai extrait le passage où elle raconte son séjour à Rénier alors que la guerre faisait rage en Tunisie et que sa famille s’était réfugiée chez ma grand-mère Payan. Si vous êtes intéressés par la lecture de ses mémoires écrivez-moi et je vous donnerai les indications pour vous procurer un exemplaire de son livre « la reine des va nu-pieds ». Voici la dernière photo d’elle prise en décembre 2011, quelques jours avant son décès. Elle tient dans ses bras son dernier arrière petit-fils prénommé « Paul » comme elle.
Sabine
 
 
 
 
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"Nous allions en Algérie à peu près tous les deux ans. Mon père était heureux de retourner dans son village natal, Rénier, où résidaient  ses frères et belles sœurs et de nombreux cousins et amis. Il avait une préférence pour son frère aîné Léon qui était boulanger et avait cinq enfants. Il exerçait un métier très pénible, d’autant plus qu’il n’était physiquement pas taillé pour cela. C’était un petit homme chétif et quatre années de guerre, toujours dans les tranchées, n’avaient rien arrangé. Sa boulangerie périclitait. Les clients marchaient avec le carnet. Tous les ans, à la fin de la récolte, il envoyait ses factures. Certains étaient bons payeurs, mais souvent hélas ! …on ne lui en payait que la moitié, et parfois pas du tout !

Mon père, très inquiet pour le devenir de son frère, lui conseillait de vendre sa boulangerie et de postuler pour un lot de colonisation en Tunisie. Il fallait avoir fait la guerre de 14-18 et avoir une famille nombreuse. Comme il réunissait ces deux critères, en 1928, ils quittèrent leur boulangerie et leur village de Rénier pour s’installer à El Mahrine, entre Borj El Amri  avant Massicault et Tebourba, sur une propriété de cent hectares et sept hectares de forêt d’eucalyptus.

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 Mon oncle et son beau-frère étaient partis le matin pour se renseigner à la gendarmerie des formalités à remplir pour franchir la frontière algérienne. Le hasard leur fit rencontrer le colonel de gendarmerie Couthure commandant les gendarmes de Tunisie que mon oncle connaissait depuis toujours, car il venait chasser au bordj Aïn Naja et il avait connu son père en Algérie. Il nous facilita notre entrée en Algérie en nous fournissant des papiers de réfugiés et en mettant à notre disposition un camion pour nous faire faire le trajet Le Kef-Souk Ahras où nous devions prendre le train d’Algérie jusqu’à Duvivier.

 Là, nous fûmes arrêtés par les gendarmes d’Algérie qui ne voulaient pas de réfugiés de Tunisie, sur leur territoire. Il fallut parlementer et leur dire d’aller vivre d’où nous venions dans le No man’s land, avec les patrouilles sur le dos. Nous ne demandions ni indemnités, ni secours, nous avions notre famille, notre grande famille, à Rénier, et nous voulions aller chez eux. Ils furent bien obligés de nous accepter !...Nous reprîmes le train pour Constantine et nous descendîmes à Oued Zénati pour prendre le car pour Rénier.

 Toute la famille nous attendait et nous retrouvâmes avec beaucoup d’émotion ma tante Alice Payan, la veuve d’un des frères de mon père, Elysé Payan, ainsi que sa fille, ma cousine Denise, mariée à Charles Saint-Pierre, avec une petite Arlette de trois ans. Charles était instituteur à Aïn Souda dans une école arabe. Pas un seul européen. Il lui fallait rejoindre son poste à cheval, par une unique piste forestière. Il y avait également Elysée Payan, ma seconde cousine, madame Couder, et mon cousin, Joseph Payan.

Ma mère et moi occupions la chambre noire avec notre petit réfugié toulousain et mon fils de neuf mois et demi. Toute la famille de mon oncle Hermitant, sa femme, leurs deux filles, ses beaux parents, ses beau- frère et belle-sœur avec leurs deux enfants et monsieur Pinna étaient logés chez des cousins de mon père, Laurette et Marcelin Baudet, tout en haut du village. La famille et les amis fournirent les meubles, la vaisselle et même, du linge de maison pour qu’ils puissent vivre décemment. Les enfants furent mis à l’école et nous commencions à trouver le temps long, sans nouvelles. On nous avait dit que mon père avait fait passer un message sur les ondes mais ma tante n’avait pas de poste de radio. Et moi, je reprenais mes accès de paludisme, tous les deux jours. Le docteur Ben Habilès montait d’Oued Zénati pour me soigner. Il m’avait ordonné des piqures de conacrine qui me donnaient une  urticaire géante. Il n’y avait que les cataplasmes de crème fraîche qui me calmaient.

 Les familles du village qui faisaient du jardinage nous donnaient des légumes et celles qui avaient des vaches nous donnaient du lait, du fromage et du beurre. D’autres nous donnaient du sucre, et même du savon, fait maison. Jamais nous n’oublierons cet élan d’affection et de charité, devant notre dénuement.

J’avais une cousine à Constantine. Je lui avais écrit pour lui demander si elle n’avait pas une robe à me donner car j’avais une robe chaude et j’étais toujours en sueur. Pendant notre exil à Rénier, nous eûmes la visite de notre cousin Louis Dancel, qui était cantonné à la Meskiana. Il me trouvait dans un tel dénuement physique qu’il me raconta une histoire qui leur était arrivée, à la Meskiana. Les militaires s’ennuyaient, au repos, et mon cousin qui s’était lié d’amitié avec le receveur des postes lui avait dit «  Si on pouvait nous prêter des fusils, nous pourrions aller à la chasse ». Ce monsieur Bonvino qui était la complaisance même, lui dit « Je vais vous trouver ça, j’ai deux amis qui, j’en suis sûr, vous prêteront leurs fusils. Avec le mien, cela fera trois et vous pourrez vous distraire un peu. » Le jour J arrive et les trois Nemrod  partent allègrement. Ils sautent un ruisseau. L’un d’eux prend mal son élan et le canon du fusil s’enfonce dans le rebord du ruisseau. Le chasseur le nettoie et continue son chemin sans s’apercevoir qu’il avait laissé un bouchon de terre, dans le fond du canon. Un lièvre déboule d’une touffe d’herbe, il ajuste son fusil, tire et…le bout du fusil part, avec la cartouche.

C’était justement le fusil de monsieur Bonvino qui était accidenté. Comment s’y prendre sans fâcher le propriétaire de l’accident qui était arrivé à son fusil. Nos trois chasseurs invitent monsieur Bonvino au café de la Meskiana et racontent des histoires amusantes. Tous les quatre riaient de bon cœur quand mon cousin dit « C’est fini les histoires gaies, passons aux histoires tristes ! Monsieur Bonvino, il manque dix centimètres au canon de votre fusil ! »La réponse fut immédiate « Il n’y a pas de blessés au moins ? » L’armurier raccourcit un peu le canon, le lima bien. Bref, il était en état quelques jours plus tard. Monsieur Bonvino part à la chasse avec son fusil, un lièvre détale…Il tire !...Raté !

« Ce n’est pas étonnant dit-il, ce n’est pas un fusil que j’ai maintenant !...C’est un révolver ! »

 

Mon cousin nous donnait des nouvelles de la Tunisie. Sa femme Geneviève Dancel  Payan avec ses deux fils s’étaient réfugiés à Saint Cyprien où tout allait bien.

Mes cousines, Denise et Zizette se plaignaient qu’elles n’avaient plus rien à se mettre. Nous les engageâmes, ma mère et moi, à fouiller dans leurs cartons dans lesquels, sûrement, nous trouverions de quoi les habiller convenablement. C’est inimaginable ce que nous sommes arrivées  à faire, dans tous ces vêtements, mis de côté, en mariant deux tissus, l’un à fleurs, l’autre uni. C’était modèle déposé !  Mes cousines étaient fières d’exhiber nos créations le dimanche, lors de la messe. Ma mère et moi, étions heureuses de rendre un peu, à notre façon, puisque nous ne savions même pas, si nous pourrions retrouver mon mari et mon père, tout ce que notre famille nous offrait si généreusement, avec tant d’affection.

 

Tout le village de Rénier est resté cher à notre cœur, que ce soit la grande famille Payan ou ses alliés et amis. Ils ont été merveilleux vis-à-vis de nous, pauvres réfugiés, ne sachant pas ce que serait notre devenir !... Quand je n’avais pas d’accès de paludisme, je faisais le tour du village avec ma mère et mon petit Jean-Paul. Ce dernier fit ses premiers pas, au presbytère, occupé par les parents du curé Nicolas. La mère du curé était une amie d’enfance de ma mère, à Guelaat Bou Sbaa.

L’oncle Emile, le dernier frère de mon grand-père Payan, était encore en vie. Il était quasiment aveugle. Il aimait qu’on lui mette mon fils sur les genoux « Donnez-moi, mon petit Clovis, un petit moment. » Il lui passait les doigts sur le visage, ce qui ne plaisait pas à sa fille, tata Mienne et il disait « Il est bien plus beau que celui de la Baudifier ! (C’était l’institutrice du village) » Et la tata Mienne de rajouter « Si c’est mon père qui le dit, c’est sûrement vrai, car il n’y voit rien, mais c’est la fibre familiale qui parle !... »

 

Nous passions souvent chez Marie et Hilaire Pra. Hilaire avait fait son service militaire en Tunisie, en même temps que mon oncle René Hermitant, et ils se retrouvaient souvent en permission chez nous. Lorsque j’avais cinq ans, Hilaire était mon grand Amour. Je le lui ai toujours conservé, toute la vie. Nous nous arrêtions aussi chez le cousin Milou. Ma mère avait été très émue qu’il lui propose de l’argent si elle en avait besoin. « Vous pouvez compter sur moi, si vous avez besoin d’argent » et sa femme avait donné un pot de confiture d’orange et un morceau de savon maison. Mademoiselle Josette nous envoyait un litre de lait tous les jours et un petit pain de beurre par semaine. Léopold Molliex, un panier de légumes de temps en temps ; la famille Cassar, des légumes aussi. Et peut-être en ai-je oublié ?... Qu’ils me pardonnent !…

 

Fin avril, début-mai, la guerre était terminée en Tunisie. Les allemands étaient battus et se rendaient. Mon père et Jean vinrent, en auto, nous chercher à Rénier. Nous étions  si heureux de nous retrouver tous les quatre en vie et en bonne santé, car mon paludisme allait mieux grâce aux bons soins de docteur Ben Habilès !..."

 

 

 

 

 

 
  Baptême  de Danielle Davrieux -   Août  1960  

 

Au centre la marraine, Jocelyne Baudet,  tenant dans ses bras Danielle et le parrain Max  Davrieux.

Devant  de gauche à droite, Martine Davrieux , Nicole Davrieux, Ghislaine Davrieux, Jean-Louis Gaillard, Hervé Saint-Pierre, Georges Molliex, Jean-Pierre Davrieux, Alain Gaillard, Christine Merlet  et le pilier de droite , Annie Gaillard. Raymond Molliex derrière Hervé .

En remontant à gauche, georges  Couder , Sabine Couder, Régine Saint-Pierre, Arlette Saint-Pierre, sur la gauche Mr Merlet et derrière Gilberte Baudet , derrière Arlette Mme Gaillard, Louis Davrieux, Sylviane Davrieux, Rémy  Davrieux, en avant Raymond davrieux, derrière lui  Nono Davrieux, ? , Hubert Davrieux, Marius Baudet, Madé Davrieux, sur la droite Auguste Merlet avec dans ses bras son fils Serge , plus bas en redescendant , Gilles Davrieux et , assis sur la rampe Didier Davrieux .

 

 

 

    La jeunesse de Rénier en 1945-1946 .

 

La photo , offerte par Andrée Denis, a été prise à Aïn Tolba par l'abbé Nicolas avec l'appareil photographique d'Andrée. Grand merci à elle .
 
De gauche à droite, en haut:
Edgard Davrieux, Andrée Denis, Paulette Boigibault , Renée Chazalon , Marie-Thérèse Payan et Marc Baudet .
Devant Renée , Liliane Denis .
 
De droite à gauche , en bas , assis:
Rémi Petitgérard , Christian Baudet , Lydie Chazalon , Francine Grattepanche , Eliane Boigibault , Jocelyne Baudet , Claude Molliex , Yvan Molliex ,Gabriel Molliex , André Boigibault   et devant  Edgard ,derrière et assis, son frère Rémi Davrieux .

 

 

 
 
Le 22 avril 2013, j’ai reçu un message de Patrice Leclef .
 
 
 
Bonjour Sabine,

 

En voulant mettre à jour mon parcours scolaire sur le site trombi.com, je suis allé à la recherche de ma première école, en l'occurrence l'école primaire de Rénier que j'ai fréquentée de 09/57 à 06/60, avec comme instituteur Mr Davrieux.
Au hasard de mes pérégrinations, j'ai consulté le site "les pieds-noirs de Rénier" où j'ai trouvé vos coordonnées et surtout votre nom de naissance qui m'a rappelé bien des souvenirs.
Vous êtes probablement la fille de "Tata Zizette" avec qui ma sœur Odile et moi passions de bons moments à l'écouter nous raconter des histoires et à faire des promenades bien agréables.
Mon père était gendarme et nous étions arrivés à Rénier en juin 57, logeant dans un premier temps chez Mme Roux (café restaurant dans la rue principale), en attendant la construction de la gendarmerie à l'entrée de la ville.
Parmi les souvenirs encore actifs, votre maman s'était occupée de ma sœur et moi alors que ma mère était à la maternité de Constantine pour la naissance de ma 2ème sœur (31/05/59).
Tout ceci est bien loin maintenant mais il est bien agréable de s'y référer de temps à autre.
Amical souvenir.

 
Patrice Leclef
 
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27 avril 2013 –Réponse de Sabine
 
Bonjour Patrice,
Je viens de découvrir votre message seulement maintenant car vous avez utilisé une adresse que je n’utilise pas tellement .
Cela dit c'est avec grand plaisir que je vous ai lu même si mes souvenirs sont flous vous concernant. Par contre votre nom m'est familier.
A l’époque que vous citez je faisais mes études en tant qu'interne au collège moderne de Constantine , je n' étais au village qu'au moment des vacances et comme celles-ci étaient moins fréquentes qu'actuellement , je ne venais que tous les trois mois ! Dur, dur...
Je suis effectivement la fille de la "tata Zizette " de tous les enfants de Rénier et l' évocation que vous faites d' elle me touche beaucoup...C' était une conteuse !
Elle nous a quittés en 1980 à la suite d' un cancer du pancréas et seulement 6 mois après avoir pris sa retraite . Nous habitions Lyon et elle travaillait à la cité de l' enfance où se retrouvaient tous les orphelins et les enfants abandonnés . Cela lui allait très bien !
Mmes Roux , mère et fille, sont ,elles aussi ,décédées.
Je suis retournée avec quelques renéens en Algérie en avril 2006 . Vous pouvez lire le compte-rendu de ce voyage dans le site de Rénier que nous avons créé avec mon mari ...Dans la rubrique "on nous écrit" il y a un courrier d' une épouse de gendarme que vous avez peut-être connue ? A ce voyage il y avait la veuve de votre instituteur et ses enfants Jacqueline et Jean-Pierre Davrieux
Qu'êtes-vous devenu et que devenez-vous? Et vos soeurs ? Et vos parents ?
Je ne connais pas votre âge mais peut-être avez vous connu Hervé Saint-Pierre ? mon frère Georges Couder ? Georges Molliex? Les enfants Tavera ou Molliex ?
Mon Dieu que de souvenirs avons-nous laissés ou emportés de ce village ! Et que cela est loin et proche à la fois ?
Acceptez-vous que je mette votre courrier dans la rubrique " on nous écrit" ? Vous pourrez retrouver ainsi des connaissances ?
Merci pour votre message et bien amicalement à vous .
Sabine
 
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24 mai 2013  Nouveau message  de Patrice  Leclef
 
Bonjour Sabine ,
 
Bien sûr vous pouvez publier mes souvenirs sur votre site, ce sera pour moi une modeste contribution à votre action.
Que sommes-nous devenus?
Après Rénier nous avons passé 2 ans à Tlemcen avant de revenir en France en juillet 1962, en région Centre (près de Montargis).
Une 3ème fille est venue agrandir la famille.
Depuis Papa a fini sa carrière près d'Orléans et il est décédé en décembre 1991. Maman est toujours dans ce village, 2 des mes sœurs sont dans le secteur, la 3ème (née à Constantine) est militaire à Mourmelon.
En ce qui me concerne, j'ai eu 60 ans le 01/01 dernier et je suis à Lyon depuis bientôt 11 ans.
Je viens de prendre ma retraite le 01/04, après 40 ans de comptabilité.
J'ai quand même un souvenir très précis de vous car à l'occasion d'un de vos retours de l'internat, vous aviez fait 2 superbes dessins pour ma sœur Odile (une biche) et moi (un écureuil) et ceux-ci doivent toujours être chez Maman.
Je vous joins quelques photos de l'époque, dont celle du 13/05/58 où je porte une casquette, les autres étant plus significatives. Ces photos sont à votre entière disposition pour votre site.
C'est un immense plaisir de communiquer avec vous sur cette période qui finalement est bien plus proche de nous que nous le pensons, à travers ces souvenirs que nous pouvons évoquer.
Sincères amitiés.
Patrice Leclef
 

                      

Papa en service                                                                                                En uniforme

 

          
                          Canonnier d'un instant                                                       Maman et Odile
 

     

Un beau cadeau de Flavien Davrieux pour nous tous ...Merci à lui et bravo à sa maman qui est la doyenne de Renier !

Message du 16 juin 2012

Bonjour Sabine !

Je viens de voir maman, et nous avons comme d'habitude remonté le temps et notamment celui passé à Renier. A un moment elle s'est souvenu d'une chanson que Cécile PAYAN interprétait lorsqu'elle était adolescente. Je n'ai pas résisté à en retranscrire les paroles pour te les envoyer. Que de souvenirs à partager.

Flavien Davrieux

 

Chanson de Cécile PAYAN – Reprise par Maman (Marie Molliex-DAVRIEUX)
 
 
A dix ans solide comme un homme
J’allais aux champs faire la moisson
Cueillir la fraise, voler la pomme
Et dénicher les nids de pinsons
 
Mais allez donc enfant du caprice
J’étais née pour faire un luron
 
J’ai quinze ans et me voilà dans l’âge
Où les filles ont un peu d’orgueil
On me demande en mariage
Vu que je me développe à vue d’œil
 
Et si je consens malgré mon jupon
Si d’un époux je m’embarrasse
C’est moi qui porterai le pantalon
 
 

O

 

Annie Calise vient de terminer de mettre en forme les mémoires de sa mère Huguette Chambon, décédée le 4 janvier 2011.
Huguette Chambon était la fille de Rose Baudet-Chambon.
Ce sont des souvenirs d'enfance très personnels d'une petite fille Chambon qui habitait à El Milia mais qui a bien connu Renier de par sa famille Baudet et Taher de par sa famille Chambon. Des extraits concernant Renier suivent ce message.
Ce livre revient à 18€ auxquels il faut ajouter 5 € de port soit 23€.
S’il vous intéresse , vous pouvez passer votre commande en écrivant à Annie en joignant un chèque de 23€.
Annie Chiapello-Calise
Mas de Loupiac
46260 Laramière
 
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« Les grands parents Baudet se sont connus et mariés à Renier.
Grand-mère, Marie-Antoinette Marcel (toute sa famille l’appelait Catherine) est certainement arrivée avec ses parents, ses oncles et tantes Marcel.
Elle était domestique et travaillait dans le village, probablement dans la famille et chez d’autres arrivants de France. Elle était de la région lyonnaise je crois.
Elle se maria avec Louis Baudet, diplômé en peinture de la ville de Genève.
Il était donc artisan peintre d’intérieur et travaillait beaucoup dans les nouvelles maisons cossues.
Maman  était  en  admiration  devant  toutes  les  frises  réalisées.
 Grand-père était rêveur, je pense.
Il a importé à Renier des ceps de son pays, la Suisse.
Le sol ne devait pas trop se prêter à leur culture et le vignoble est tombé en quenouille. Grand-père a fait toutes sortes de métiers.
Les grands-parents étaient très prolifiques.
 Ils ont eu une série de filles: Jeanne, Alice, Marie (dite Nini), Julie et enfin Rose-Etiennette  (Maman).                                    

 

                                                        
 
Grand-père monta un moulin pour transformer en farine les récoltes des colons. Un jour, on le retrouva dans un fossé gelé, mort de congestion.
Grand-mère, malgré sa marmaille prit les choses en main.
Les grandes sœurs s’occupaient des petits et du ménage, de la cuisine, du potager, des abeilles dont les ruches étaient au fond du jardin.
…..Epuisée, Grand-mère mourut jeune, maman n’avait que huit ans.
Toute la famille (Baudet et Marcel) parla d’envoyer les cinq filles à l’orphelinat.
Jeanne, 16 ans, ne voulut rien entendre et insista pour s’occuper du moulin, et de ses sœurs.
On finit par lui accorder leur garde, à condition qu’un adulte de la famille la supervise.
L’oncle Jean, brave homme très simple, prit la charge morale et officielle de ses nièces.
Grâce à l’énergie de tante Jeanne, la famille continua à vivre.
A l’écart du village, la maison n’était pas très sécurisante et tante Jeanne dormait toujours avec un fusil à portée de main.
Une nuit, du bruit au jardin la réveilla et elle monta au grenier prête à tirer sur des intrus menaçants…
            - Qui est là? Répondez ou je tire!
            - Ne tire pas Jeanne, c’est moi!
L’oncle Jean faisait, sans préavis, un petit tour du côté des ruches......
 
                                                        Tante jeanne
 
 
…...Un jour, un secrétaire de mairie fut nommé à Renier. Il s’appelait Charles Chambon et venait de la côte: Taher vers Djidjelli.
En voyant la quantité de chevaux, mulets à ferrer et les machines agricoles à dépanner il pensa que son frère Maxime pourrait vite y gagner sa vie. Il lui trouva une forge et papa s’installa donc à Renier....  Il remarqua maman la timide, la sauvage, et commença à lui siffloter des airs.
Il devait être assez séducteur, mais maman hésita beaucoup à dire oui à sa demande en mariage......
 
 
           Les vacances à Renier       le voyage
Depuis toujours, nous partageons nos grandes vacances entre Renier (une large part) et Taher.
Papa, chasseur de cailles et de perdreaux, allonge à plaisir notre séjour sur les hauts plateaux, au milieu des terres à blé, nourrices généreuses d’oiseaux de toutes plumes. Longtemps avant le départ, je compte les jours. Le temps traîne lamentablement jusqu’au jour gloire…
L’expédition commence. Au petit matin, nous prenons le car bleu de Lebsir (parfois celui d'Allalouche).                                                                                     
                        

 

Les amateurs de folklore seraient comblés en voyant rouler le véhicule: surchargé de voyageurs dont les burnous doublent le volume, on a l’impression que ses flancs gonflent pour loger tant de monde. Sur le toit bêlent un ou deux moutons et piaillent des couples de volailles attachées par les pattes.
Très souvent, quelques paysans enturbannés les accompagnent faute de sièges à l’intérieur.
Ils peuvent respirer l’air pur et échappent aux relents d’huile rance, d’étable et de tabac dans lesquels nous mijotons.   
Bon enfant, le chauffeur s’arrête aux signes d’aspirants-voyageurs tassés au bord de la route près de hautes musettes en poil de chameau et de couffins de palmier nain.
Après un marchandage bruyant ils sortent le portefeuille du tréfonds du gilet, du tréfonds de la djellaba, du tréfonds du burnous.
Je n’ai jamais revu de tels objets. Le portefeuille de l’arabe des campagnes se compose d’une série de poches (quatre ou cinq) enroulées les unes sur les autres et maintenues par un lacet serré plusieurs fois autour de l’ensemble et noué étroitement. Quand son propriétaire détache le lien, telles un petit store, toutes les poches se déroulent.
  Le portefeuille remis en place et le voyageur installé, je guette le signe de son bien-être: des profondeurs du burnous, sort une corne de mouton, rustique tabatière. Une boucle permet d’en tirer le couvercle à double usage, fermeture et mesure.
L’homme puise une dose de tabac qu’il laisse tomber entre lèvre et gencive. Pendant un long moment, il fait mijoter sa chique et, après l’avoir déplacée, lance un grand jet de salive noirâtre dans l’allée........
 
A peine descendue de voiture, je file dans l’impasse du moulin et je salue à grands gestes tante Jeanne sur son beffroi Ses grands yeux bleus pétillent.
La farine poudre ses cheveux. Un tablier de toile bise l’entoure. Les lacets de ses espadrilles s’entrecroisent sur des jambes fines (de ballerine dirait-on).
Elle domine les meules avec compétence et autorité. Il faut régler la mouture au gré des clients, et surveiller le capricieux moteur à gaz pauvre qui s’emballe ou ralentit au gré de la chaudière.
 Il m’a toujours fascinée.
Un énorme et lourd volant lancé à bras actionne bielles et pistons ruisselants de graisse. Moteur traître s’il en est, qui happe au passage tout vêtement trop lâche. Tante Jeanne s’est fait prendre un jour et a failli y laisser une épaule. Dans un coffre circulaire bleu, surmonté de la trémie, les deux meules travaillent tranquillement.
Tante Jeanne les nourrit en y versant d’énormes double-décalitres de blé ou d’orge. (Ces mesures de bois cerclées de métal sont rares maintenant).
Le blé est la base de l’alimentation des nomades Chaouïas. Ils viennent glaner dans les champs derrière les moissonneuses (pas encore batteuses) tirées par des chevaux.
Ils arrivent au début de l’été. Ils déambulent au long des routes avec familles et bagages.
Les mâts et lourdes toiles tissées des  khaimas (tentes) s’entassent sur le dos des chameaux et des ânes. Des chiens jaunes suivent. Les gens vont à pied. Infatigables marcheurs, leur vie est une errance: du Sahara aux hauts plateaux, ils vont…
Attendrissantes, les femmes, bébé au dos, poussent devant elles le maigre troupeau de maigres chèvres qui donneront, avec les chamelles, le lait et le beurre pour le couscous du soir. Sous le soleil déjà écrasant, les tapis de selle bariolés, les pantalons, les châles offrent un tableau haut en couleurs. 
En arrivant à Renier, les nomades se regroupent par familles à proximité des champs à glaner. Une place leur est réservée au-dessus du verger d’amandiers et d’abricotiers qui domine le moulin, à flanc de coteau. (Je crois que ce terrain appartenait à M. Roux, le père d’Yvette.) …..
Au fond de l’écurie, une soue contient deux ou trois porcs grassement nourris. Un énorme verrou rouillé ferme ce cochonnier.
Il y a aussi, dans un autre coin de l’écurie, la nursery pour dame truie. C’est un spectacle de regarder cette mère affectueuse allaitant toute une ribambelle de bébés roses! Il y a un charme dans cette écurie.    Le grand-père l’a construite en grosses pierres irrégulières jointées par un enduit ocré. Des guirlandes de toiles d’araignées enfarinées pendent des poutres. L’épaisseur moelleuse de paille et de fumier donne l’impression de marcher sur une couette.   Ca sent en même temps l’étable et la farine.       Côté moulin, le mur ne monte pas jusqu’au toit.  Côté jardin, tout est clos.  On sort dans le potager par une lourde porte de bois dont le verrou grince et ricane longuement. A droite, le canal sert de barrière. Rien à voir avec le canal du midi!
C’est une rigole profonde d’un mètre à peu près. Son eau ne sert qu’à mouiller le charbon de la chaudière et à arroser les légumes... Une conduite légère amène un peu de cette eau non potable à l’évier en pierre de la cuisine pour rincer la vaisselle ou faire la pâtée des cochons.
 Parfois le débit ralentit et, me faisant penser aux récits de Pagnol l’oncle, la tante ou Maurice, partent avec quelques outils pour réveiller la source, la curer et lui redonner vigueur. C’est une source lointaine dans le fond du vallon. Elle y arrose un ou deux saules.
En continuant encore une fois dans le creux des vallons, nous arrivons à la ferme Marcel (nom des arrière grands-parents).

 

 

 

 

 

 

Les fêtes de Pâques à Rénier dans les années 50      

Alors que nous sommes actuellement en pleine Semaine Sainte, je ne peux m’empêcher de repenser à cette semaine particulière que nous célébrions aussi à Renier et de manière très prononcée.

C’était d’abord le temps des vacances de Pâques qui commençaient chaque année la veille des Rameaux et s’étalaient sur une quinzaine de jours. C’était aussi le temps du renouveau car le printemps s’annonçait et toute la nature renaissait nous laissant présager tous les bonheurs des prochaines vacances d’été.

Tout commençait le dimanche des Rameaux…Nous assistions à la messe en portant les rameaux d’olivier qui allaient être bénis et prendraient ensuite place dans les maisons pour les protéger toute une année ainsi que ceux qui y habitaient. Les enfants avaient des rameaux décorés de rubans et garnis de bonbons, de sucres d’orge et de chocolats. Je me souviens que nos mères préparaient avec amour et sous nos yeux émerveillés le rameau d’olivier que nous devions emporter et tenir bien droit tout le long de la messe. Quel supplice !...Il fallait doublement résister…D’abord au poids de ce rameau lourdement chargé, pour notre plus grand plaisir d’ailleurs , et ensuite résister à la tentation de goûter ces friandises furtivement pendant l’office. Je ne crois pas que ce jour-là nous suivions avec attention la messe, tout occupés que nous étions à maintenir droit notre rameau qui s’inclinait sous le poids et à observer celui des autres pour le comparer. Il y avait aussi pour certains plus fortunés des rameaux achetés tout préparés à Constantine. Leurs branches étaient entièrement recouvertes de papier argenté ou doré ce qui leur donnait un air de fête plus prononcé. La cérémonie terminée, nous avions enfin le droit, à la sortie de la messe, de déguster les friandises si longtemps convoitées !

Dès le lendemain commençait le temps des privations. C’était la dernière semaine du Carême et on nous demandait d’essayer de faire quelques petits sacrifices pour accompagner la souffrance du Christ…en renonçant notamment au dessert.

Je ne me souviens plus s’il y avait un office les lundi, mardi et mercredi suivants mais le Jeudi Saint marquait avec le départ des cloches à Rome, la commémoration de La Cène et la bénédiction de l’eau. Le curé Pincos demandait à douze hommes du village de se réunir près de l’autel et il procédait au lavage des pieds comme Jésus l’avait fait avec ses apôtres…Nous n’étions pas, à notre âge, encore sensibles au message du Christ  et il faut bien dire que ce cérémonial dont nous ne saisissions pas la profonde signification nous faisait rire, nous les enfants qui étions en plus placés aux premières loges devant l’autel.

Le tintement des cloches était remplacé par le craquement des crécelles que les garçons agitaient vigoureusement en faisant le tour du village pour appeler les fidèles aux offices.

Le Vendredi Saint, il y avait le chemin de croix avec les quatorze stations que nous parcourions au cours d’une cérémonie très longue et pénible car il nous fallait rester à genoux sur les planchettes en bas de nos bancs. Les statues des saints étaient recouvertes de draps blancs en signe de deuil et la tristesse de la mort du Christ nous gagnait  tout au long de la lecture de l’évangile. Le jeûne était de mise ce jour-là pour nos parents.

Le Samedi Saint commençait la veillée pascale et le jour de Pâques, avec la résurrection du Christ, tout reprenait vie. Les cloches, de retour, sonnaient à toute volée et les enfants trouvaient cachés dans les jardins, les pots de fleurs et la paille, les œufs de Pâques en chocolat qu’elles ramenaient avec elles de Rome. Nous les cherchions partout en essayant d’en avoir le plus possible ! Il y avait également de véritables œufs durs colorés que mon oncle Saint-Pierre préparait  pour décorer la table. A midi, nous dégustions le gigot d’agneau qui avait cuit au four avec des pommes de terre autour…un vrai régal !

Enfin, le lundi de Pâques tout le village partait pique-niquer à Hammam Meskoutine ou au bord de l’oued Cherf . C’était un moment privilégié et mon  préféré de même que les rameaux. Avec les évènements, le pique-nique avait disparu mais tout le reste avait été maintenu. Je trouvais affreusement longues toutes ces cérémonies de la Semaine Sainte mais elles ont néanmoins marqué ma jeunesse et lorsque, rentrée en France à Lyon, je n’ai pas retrouvé ces rites du moins sous cette forme, j’ai eu l’impression de perdre quelque chose en plus de ma terre natale et j’ai alors encouru les foudres « affectueuses » de ma mère car je n’ai plus voulu aller à tous ces offices. Que de discussions n’avons-nous pas eues sur ce sujet épineux ! Avec les années et bien que je n’ai en rien renié ce qui a fait mon éducation religieuse, j’ai relativisé les choses et compris que l’essentiel n’était pas dans une pratique rituelle mais bien dans une pratique quotidienne des valeurs sous tendues par le message du Christ impliquant notamment la tolérance et le respect de l’autre.

  Sabine

Six-Fours le 22 mars 2008                                                                     

 

 
 

 

     
             Voici un passage très intéressant d'une lettre de M.  Abdelhamid  Taba concernant M. Lalleg Youb un ancien combattant du village qui a participé à l' émission de télévision portant sur les anciens combattants et qui a fait part de ses conseils aux acteurs du film "indigènes".
 
" J'ai vu le reportage sur les anciens combattants de France, ainsi que Lalleg  Youb. Son père avait la charge d' allumer l' éclairage à Rénier. En cas de panne, il mettait le groupe électrogène en marche. Il habitait en face du foyer rural. Il vit  actuellement près de Mulhouse "
 
Pierre Sciberras a reconnu également Alleg Youb qui était à l' école de Rénier avec lui. Nous avons trouvé son numéro de téléphone et il a pu ainsi le contacter. C' est avec une très grande joie qu 'ils se sont rappelé leurs souvenirs d' enfance communs et qu'ils ont promis de se rencontrer bientôt.
 
J'ai trouvé sur internet le document suivant retraçant le parcours de Youb Lalleg .
 
 
PORTRAIT DE YOUB LALLEG   
 
Alors que le film INDIGENES vient de sortir en avant-première à la Salle Gérard PHILIPE de WITTENHEIM (68) et sera officiellement dans les salles, fin septembre.
 
RENCONTRE  avec l'un des personnages-Clé , le Wittenheimois YOUB LALLEG âgé de 87 ans, et qui a inspiré par sa propre histoire le scénario du film " INDIGENES " signé Rachid BOUCHAREB
         Ce film salue le courage des 130.000 "indigènes" , ces tirailleurs nord-africains qui se sont enrôlés dans la 1ère Armée Française du Maréchal de Lattre de Tassigny pour libérer la France en 1944.
Le parcours de YOUB LALLEG c' est le vécu de ces hommes qui font partie des combattants trop souvent oubliés par la mémoire collective.
        Engagé en 1941 au sein du 5eme RTA, Youb LALLEG a multiplié les interventions de BLIDA à TUNIS. Il fut blessé puis prisonnier des Allemands, rencontrant au passage de façon fortuite ROMMEL.
En 1943, il fut de l' aventure italienne avant le débarquement de Provence en Août 1944 ; puis s' en suivit la remontée vers l' Alsace via la Franche-Comté où il fût une seconde fois blessé par un éclat d' obus. Il rencontra Marie qui au départ l' avait simplement ravitaillé et qui deviendra son épouse.
Après guerre, ils passèrent trois années en Algérie et vinrent s' établir définitivement en Alsace "cette région -dit-il- qui m' a tellement bien accueilli"
      Il fut électricien, mineur, avant de se consacrer à la restauration dans son restaurant "Le Cor de Chasse" .
        Il devint le responsable de la section locale de "Rhin et Danube" et plus tard fut fait "Citoyen d'honneur de la ville de WITTENHEIM, une reconnaissance publique qui, associée aux médailles militaires et distinctions diverses, contribue à la fierté de l' homme.
Sans le combler pour autant, car la reconnaissance ultime, le Légion d' Honneur, manque toujours à ses distinctions.
      Mais, un signe de la Providence : Un jour de 2001, le réalisateur cinématographique Rachid BOUCHAREB lui donne un coup de fil. S' ensuit l' aventure filmographique et les honneurs du Festival de CANNES en mai dernier et qui en quelque sorte apaisent sa "frustration".
             "En fait, ce film, c'est mieux que la Légion d'Honneur" conclut Youb LALLEG .
      Gageons que ce film contribuera à mieux faire connaître la place des tirailleurs dans la libération de la France.
       Je vous conseille d'aller voir ce film avec Jamel DEBOUZE, Samy NACERI, Roschdy ZEM, Sami BOUAJILA, Bernard BLANCAN...
(doc. issu des infos municipales Wittenheim n°54 - 2006/09)
 
 
 

 

 

             Le 2 février 2007  Eugène Armand Payan nous a quittés, à l'âge de 74 ans. Ses obsèques ont eu lieu le 5 février en l'église Saint Jean de Montjoyeux à Tours en présence de l’évêque de Constantine et de l’évêque de Tours. Des amis algériens et des coopérants métropolitains avaient fait le voyage pour assister à cette cérémonie.

 

Armand au regroupement dePort Leucate en 2000 en conversation avec Henriette et Pierre      

        Prêtre à Philippeville, il est resté en Algérie après l'indépendance où  il a poursuivi son sacerdoce jusqu'en octobre 2005. A sa demande, j'avais inscrit Skikda à notre voyage de retour en Algérie en 2006, spécialement pour passer le voir. Le destin en a voulu autrement.

        Venu en France pour se soigner, il n'a pas survécu à sa longue maladie. Il était parmi nous au premier regroupement, en l'an 2000, à Port Leucate où il avait célébré une messe. Très aimé et apprécié de tous, il laisse un grand vide notamment en Algérie d'où il n'a cessé de recevoir des marques de sympathie tout au long de sa maladie. 

Sabine Carletti

 

 

 

                    Photo confiée par Martine Davrieux-Maliverney avec le commentaire correspondant

  

Une photo que j'ai intitulée "bassin de l'église" ; l'intérêt de cette photo n'est pas ma petite soeur Danielle devant le bassin.
Nous, la génération des années  50/55, nous n'avons pas connu l'église sans le bassin : il  fait partie de nos meilleurs souvenirs d'après 'messes et cours de cathé". Nous avons fait de folles courses autour de ce bassin avant ou après s'être copieusement aspergés d'eau.
Nous y avons baigné nos poupées et terrorisé les poissons rouges....
Peut-être d'autres auront-ils des souvenirs encore plus précis ?        Martine Davrieux-Maliverney

 

   Qui n’a pas en effet connu ce bassin et le jet d’eau qui l’accompagnait certains jours de fête !
Nous nous amusions à faire le tour  en marchant en équilibre sur la margelle et lorsque celle-ci s’avérait glissante  nous faisions un plongeon , pas toujours du bon côté .J’ai le souvenir de m’être retrouvée un jour au milieu des poissons du curé Pincos . Il tenait beaucoup à ses poissons rouges, aux deux plus gros surtout qu’il avait surnommait  « Staline » et  « Tito ».Que de bons souvenirs dans ce jardin !…Les fleurs y étaient magnifiques au printemps et jusqu’aux premières gelées …il y avait entre autres une belle collection de pensées et je me souviens qu’en désherbant les carrés j’en prenais en cachette quelques spécimens que je faisais sécher dans un dictionnaire ou dans mon missel . Je les joignais ensuite à un courrier à ma grand-mère ou à une copine. Les arums et les lys étaient aussi extraordinaires de beauté et j’ai encore en mémoire leur parfum …Nous étions aussi fiers de ce jardin, nous qui aidions à son entretien, que le curé Pincos  qui l’organisait et réglait son agencement dans le moindre détail jusqu’à y entreposer des colonnes romaines retrouvées dans les alentours de Renier. Il y avait le « devant » très élaboré qui attirait et accrochait le regard de tous ceux qui arrivaient et puis il y avait «  le derrière », plus sauvage, moins travaillé et qui servait à nos jeux après le cathé ou les offices. Et bien sûr, cette grille  à laquelle nous nous accrochions en nous amusant à faire le tour de l’église en marchant sur le mur d’enceinte.
Ce jardin avec ses multiples facettes constituait pour nous, petits et grands, un  paradis, c’est sans doute pour cette raison que le curé Pincos le soignait avec tant de sollicitude, lui qui nous promettait le paradis si nous étions sages !      
 
  Sabine    
 
          
         
Le jet d'eau en action avec Charlette, ?, Arlette Carcagno . (photo de M-L Carcagno)

 

        Mariage de Edmonde Regourd avec Gilles Davrieux         (photo confiée par Jacqueline Davrieux-Boudou)

De gauche a droite Lucien Davrieux, Berthe Regourd, Aimé Regourd ,  Alexandrine Davrieux,  Gilles Davrieux, Edmonde  Regourd (Nono), Maurice Regourd (frére Nono), Sylviane Davrieux (devenue épouse  Merlet soeur de Gilles)

Devant,  et d'aprés Nono, il s'agirait de Remy Davrieux et de Jocelyne Baudet

 

          Madame Gaillard

         Madame Gaillard et Sabine

 

Bonjour à toutes et à tous

Je ne résiste pas au plaisir de vous dire  que le 20 septembre dernier (2005), à Chalon sur Saône, j'ai rencontré Mme Gaillard , ma "maîtresse", notre maîtresse devrais-je dire car elle a formé et éduqué la plupart d'entre-nous à partir de 1946 et ce jusqu'en 1962. Je l'ai trouvée en pleine forme et nous avons longuement échangé nos souvenirs . Quelle émotion quand j'ai pris connaissance de lettres qu'elle recevait d'anciennes élèves algériennes que j'ai également connues et qui lui témoignaient leur reconnaissance et lui contaient leur vie actuelle !

Quelle chance nous avons eue d'avoir une enseignante de cette valeur! Je ne la remercierai jamais assez . Elle m'a tout appris et donné des bases dont j'ai pu maintes fois apprécier la solidité surtout lorsque moi-même j'ai enseigné plus tard et que j'ai compris la difficulté du métier.  

Chère madame Gaillard! J'aimerais tant qu'elle écrive les souvenirs qu'elle garde de ses années d'enseignement à Rénier pour que nous-mêmes, nos enfants et petits-enfants sachions quel rôle essentiel elle a joué dans notre vie et notre formation et ce dans des conditions qui étaient loin d'être faciles ! Maintenant encore elle continue à être un repère pour nous et c'est toujours avec un respect infini que nous parlons d'elle et que nous évoquons les années passées à l'école .      

 Sabine

 

 

 

          Noël et jour de l'an à Rénier dans les années 60

 

Il m’est impossible de passer les fêtes de fin d’année sans repenser aux Noël de Rénier, aux Noël de mon enfance …Nous commencions à en parler à la Saint Nicolas, le 6 décembre car le matin nous trouvions près de nos chaussures une mandarine ou une orange et parfois quelques bonbons. C’était la récompense quand nous avions été sages sinon le père fouettard serait passé pour laisser un martinet ! Je n’en ai jamais eu, heureusement, et je me demande même si jamais un des enfants de Rénier  en a trouvé un dans ses chaussures ! Mais nous étions persuadés de l’existence de ce père fouettard et …Le rêve commençait jusqu’à Noël.

Nos mères préparaient les friandises qui accompagnaient les fêtes …Il en fallait du temps, de la patience, de l’amour pour faire ces pâtes de fruit, de coing surtout, ces caramels, ces pâtes d’amande de toutes les couleurs, ces gâteaux secs, ces meringues…et même pour certaines expertes du village, des chocolats ! Tout cela était soigneusement rangé jusqu’à Noël dans une pièce froide  à laquelle nous, les enfants n’avions pas accès …Enfin parfois, en cachette,  nous faisions tout de même une petite excursion dans cette pièce, pour toucher « avec les yeux » et apprécier les résultats mais surtout pour se donner l’eau à la bouche et ouvrir la porte sur le rêve ! Ma tante Denise était experte en la matière et nous la regardions faire ces gâteaux avec délectation, d’autant qu’elle nous racontait  en même temps des souvenirs de son enfance, du temps où sa mère, notre grand-mère était de ce monde !

Elle était aidée par mon oncle Charles qui s’occupait de la décoration et de la présentation …Deux jours avant Noël elle faisait le moka …Ah !la !la !  Ce moka de Noël, quel régal. C’était un gâteau fait avec des « petits beurres » trempés dans du café fort et rangés en couches successives avec entre deux couches une crème au beurre…Elle terminait par un nappage ou des noix en poudre…Et mon oncle Charles écrivait « joyeux Noël » avec une douille emplie de crème et il rajoutait des petits dessins de Noël. Gâteau pratique car sans cuisson et qu’à Renier les fours étaient rares ! Pendant très longtemps d’ailleurs et tant que la boulangerie Roux existait, les femmes portaient les plaques de gâteaux  au four du boulanger et elles surveillaient la cuisson en discutant dans la pièce très chaude qui était devant le four !

Il y avait aussi la préparation de la dinde traditionnelle, elle était prise dans le poulailler de la maison et avait été engraissée pendant l’année en prévision des fêtes. C’est ma mère qui s’en occupait …jusqu’à son exécution puis elle passait dans les mains de ma tante qui préparait une farce aux marrons.

Nous attendions le jour de Noël avec impatience, non seulement pour goûter à toutes ces bonnes choses, mais aussi pour les jouets. Rien à voir avec les Noëls actuels où les enfants croulent sous les cadeaux. Nous avions un modeste jouet et quelques papillotes …Mais mon Dieu  que nous étions contents ! Parfois il fallait attendre deux ou trois ans pour avoir le jouet convoité mais on nous disait que le père Noël n’avait plus assez d’argent car il lui fallait  acheter des jouets pour tous les enfants et que ça faisait trop ! Cette explication nous suffisait. Je me souviens néanmoins avoir interrogé ma mère sur les raisons qui pouvaient faire que les petits arabes n’avaient pas de jouets à Noël …Je n’ai plus souvenance de ses réponses exactement mais elles me satisfaisaient dans l’immédiat et je pensais que nous avions beaucoup de chance d’avoir ce Jésus dont la fête de la naissance nous permettait d’avoir un jouet !

Les préparatifs de Noël touchaient également l’église. Il fallait la nettoyer pour préparer la fête et faire place à la crèche et nous restions en extase devant tous ces petits sujets et surtout devant cet ange qui disait merci en hochant la tête quand nous mettions une petite pièce…ou un bouton ! Dans les maisons également on faisait la crèche. Chez nous, c’est mon oncle Charles qui la dressait dans un coin de la salle à manger. Tous les ans nous découvrions un ou deux nouveaux petits personnages. Il faisait avec du papier rocher  une montagne, avec des petits sentiers le long desquels descendaient les bergers avec leurs troupeaux.  Quelle minutie dans cette réalisation ! Nous n’avions pas de sapin de Noël et la crèche nous enchantait car elle était une histoire à elle toute seule ! Nous ne nous lassions pas de la regarder et nous nous faisions une joie de noter les petits changements qui intervenaient dans sa composition  parce que mon oncle avait trouvé un petit objet à rajouter pour donner à l’ensemble plus de relief.

Enfin arrivait le 24 décembre et la veillée de Noël. Rien à voir encore avec les réveillons actuels. Ma mère et ma tante finissaient les préparatifs pour le lendemain  et mon oncle Charles faisait griller les marrons sur la grille du poêle qui ronflait. Nous attendions somnolents, la messe de minuit, sans manger  car il fallait être à jeun pour communier et quand l’heure arrivait enfin, nous partions dans le froid jusqu’à l’église, cette fois bien réveillés et tout excités. L’église était toute illuminée et la messe, chantée par les femmes du village qui avaient pris du temps dans la semaine pour répéter les cantiques de Noël .Ma mère faisait partie de la chorale. J’adorais l’entendre chanter ! Quel plaisir d’écouter « minuit chrétien » et « douce nuit », ces cantiques que nous n’entendions qu’une fois par an et dont la rareté leur donnait encore plus de valeur à nos yeux. De retour à la maison, nous mangions simplement et nous nous couchions, impatients des surprises du lendemain et du repas de fête qui nous attendait.

Ces souvenirs me sont d’autant plus chers qu’ils sont attachés à nos parents, ces êtres chers qui nous ont éduqués et choyés et qui demeurent à jamais pour moi exceptionnellement importants. Ma mère, cette femme discrète, sensible et admirable qui s’est efforcée de faire en sorte que nous pâtissions le moins possible de son divorce, ma tante tout aussi admirable qui m’a appris ce que pouvait être un foyer chaleureux, mon oncle Charles, mon oncle encyclopédique comme je l’appelais car son savoir était immense et qu’il pouvait répondre à toutes les questions que je pouvais lui poser et m’expliquer avec patience tout ce que je ne comprenais pas et enfin mon oncle Joseph qui m’a donné l’amour de la terre et des chevaux.

Qu’ils soient remerciés là où ils sont et qu’ils reposent en paix, ils sont mes racines et à ce titre irremplaçables.

 

La fête de Noël finie, nous préparions le premier de l’an. Nos mères faisaient les oreillettes pour en donner aux enfants qui viendraient frapper aux portes en disant «  Bonne année, bonne santé ! » Nous, nous passions toute la semaine à découvrir entre enfants nos nouveaux jouets. L’année dont je me souviens le mieux c’est celle où nous les filles, avions eu comme par hasard, toutes en même temps des patins à roulettes ! Les roues étaient métalliques et nous faisions un bruit pas possible en roulant sans arrêt dans la rue d’en haut si bien que mademoiselle Augustine, ma voisine, se plaignait de ne plus pouvoir se reposer !

Le jour de l’an, enfin là, il nous fallait passer dans toutes les maisons du village pour souhaiter une bonne année. Nous y allions en groupe et goûtions à toutes les friandises qui avaient été préparées avant Noël …le soir nous n’en pouvions plus d’avoir trop mangé de tout et que du sucré et même parfois d’avoir un peu bu. Nous ne pouvions avaler autre chose à table et nous nous jetions sur du salé pour rétablir l’équilibre, des olives vertes surtout.

Nous commencions par la rue du haut pour faire le tour du village. Je me souviens des pâtes d’amandes d’Yvette Roux auxquelles elle donnait des formes de fruits et de légumes, un vrai travail d’artiste, des caramels et chocolats de madame Jean-marie Versini , des oreillettes de Raymonde et des fous rires que nous prenions chez et avec madame Boisgibault face aux facéties de son fils André qui, ce jour-là,  se déchaînait !

C’était un marathon car tout devait se faire dans la journée. Le soir, exténués mais heureux nous terminions  en famille et Régine nous faisait mourir de rire avec ses imitations et ses récits de la journée…Chère Régine, ma sœur de lait comme on disait dans la famille, elle avait beaucoup de talent pour raconter et un sens aigu de l’observation qui lui faisait saisir dans toute situation le côté humoristique pour nous le restituer et nous réjouir…  mais sa timidité presque maladive lui faisait réserver ces moments à nous uniquement. Elle nous a quittés tôt, à quarante ans, en laissant dans la famille un vide douloureux que nous n’avons pas pu combler.

Oh ! Ces fêtes de famille, quel bonheur ! Quand on y pense. Le temps a passé, nous sommes ailleurs et c’est à nous maintenant de préparer Noël pour faire rêver nos enfants. Tous les ans c’est la féerie qui recommence, pas tout à fait identique certes, mais avec cet arrière goût d’enfance qui nous réjouit également nous qui sommes maintenant parents.

 

 Sabine Couder Carletti

 LE BOUSSAADIA      
 
de   Maurice GRAVIER                 (Revue Ensemble, N° 201, Février 1995, pages 80 et 81)
           
 
Ce texte que nous avons trouvé sur le site ami "piednoir.net"  (  http://www.piednoir.net/bone/rubrique10.html ) aurait pu être écrit par un renéen tellement il est près de nos souvenirs....

 

Une à deux fois par an, arrivait au village le boussaadia. C'était un grand nègre portant un sarouel bouffant serré juste sous les genoux, des babouches faites de morceaux de pneu attachés avec de la ficelle, une veste aux manches très courtes, la taille serrée d'une ceinture grossière d'où pendaient des queues de lapin, de renard et d'autres mammifères sauvages. Il était coiffé du chapeau de paille kabyle à large bord: le medhell. Ce chapeau était orné tout autour de petites glaces rondes, miroirs que l'on pouvait se procurer dans tous les souks.

Notre homme portait en bandoulière la fameuse derbouka, le tambour. Un bourricot famélique, chargé de plusieurs sacs de jute apparemment vides, suivait nonchalamment le boussaadia. Celui-ci annonçait son arrivée en frappant son tambour: badabam... badabam ... Il s'arrêtait à l'entrée du village, tout près de la maison de ma grand-mère maternelle. Celle-ci, lorsque j'étais tout jeune, me prenait par la main et m'obligeait à la suivre pour m'approcher le plus près possible de cet épouvantail. Toutes les mauresques du quartier accouraient avec leur marmaille, certaines portant leur dernier-né sur le dos, attaché dans un châle.

Le spectacle commençait aussitôt: le boussaadia se mettait à danser, sautant, bondissant, les jambes écartées, tournoyant, gesticulant d'un bras, frappant de l'autre son tam-tam, grimaçant, roulant de grands yeux blancs dans sa face noire, tirant une énorme langue rosée et poussant des ahé, ahé!... ahé ahé!... Entre ces cris. incompréhensibles, en cadence avec sa derbouka, il faisait entendre des ah oum! ah oum!... Son chapeau lançait des éclairs. C'était terrifiant pour tous les bambins chrétiens et musulmans qui se serraient dans les jupes ou les gandouras de leurs mères. Ma grand-mère me disait:

Si tu n'es pas plus sage, je finirai par te donner au boussaadia. On racontait que le boussaadia emportait les enfants méchants dont les mères s'étaient débarrassées et allait les égorger avec son boussaadi dans la montagne pour ensuite les manger.

Le boussaadi est cette terrible dague interdite que nombre d'Algériens portent en bandoulière à même la peau. Elle mesure environ 25cm, la lame est droite, à section triangulaire, et va en s'effilant de la garde à la pointe. Le manche en bois est aussi long que la lame. Le fourreau est également en bois. Le tout est décoré, sculpté et peint en rouge ou vert, et j'en ai même vu un de couleur jaune. Parfois, le bois est recouvert de cuir. Chose étrange, j'ai vainement essayé, adulte, d'en acheter un. Certains Algériens nient même son existence. Pourtant, étant gamin, j'en ai vu lorsque je surprenais des musulmans se baignant à la rivière. Serait-ce un objet rituel?

Lorsque la danse s'arrêtait, ma grand-mère donnait quelques piécettes, les musulmanes des œufs ou une poignée de blé ou des fruits, car, en islam, seuls les hommes tiennent les cordons de la bourse. Notre ogre maghrébin mettait les dons en nature dans un des sacs que portait le bourricot et repartait, frappant son tambour: badabam... badabam... pour s'annoncer à d'autres femmes. Il allait s'installer cinq cents mètres plus loin, près d'un douar et recommençait son cirque. Dans notre quartier, les femmes retournaient à leurs occupations et les gamins à leurs jeux. Le terrible boussaadia était reparti, une fois encore bredouille au grand soulagement des enfants.

 

  Souvenirs  d’enfance en 1944  par Andrée Denis Ehrhold

(Nous remercions particulièrement Andrée Denis Ehrhold pour ses contributions à l'enrichissement de ce site tant par les photos et les documents d'époque que par ses textes de souvenirs qu'elles nous fait parvenir régulièrement. )

Sur les pas d’une jeune guide qui allait avoir dix ans

 

Chapitre I

Mon village 

 

Oued-zénati –Renier : 20km. A mi-chemin, on peut faire une petite halte à la ferme du grand-père Ramboz. La route serpente le long d’une colline désertique. Puis, au dernier virage, on découvre les maisons blotties dans la verdure. On pénètre à Renier par la rue d’en haut. Cette fraîcheur soudaine sous les frondaisons, contraste avec la chaleur et l’aridité qui l’ont précédée. Cet havre de verdure apprécié dans les environs, faisait des envieux. D’ailleurs la jeunesse des alentours y accourrait dès qu’il y avait bal.

Dans cette rue, on trouve la boulangerie-café Roux, les PTT, Marius Baudet concessionnaire et réparations en machines agricoles, en face le garde champêtre Eugène Payan, un grand abreuvoir et de chaque côté de la rue, quelques maisons européennes. Au bout, on tourne à gauche en longeant le marché en plein air pour arriver dans la rue du milieu .

Sur la partie droite de cette rue, Mr Resin qui s’occupe du service des cars, celui-ci dessert Oued-Zénati par Aïn-Trab. Plus loin quelques petits magasins : L’épicerie Molliex, des maisons de familles européennes, un café maure, la salle des fêtes, et tout au bout Mr Léopold Molliex, maire de Renier et sa famille .

Dans cette même rue , sur la partie gauche : Les bouchers, les mozabites, l’ancienne épicerie Petitgirard , le café  Sciberras, l’école primaire mixte, l’école indigène,l’église. En face de celle-ci, dans la petite rue qui dévale de la rue d’en haut : la mairie et le presbytère qui forme l’angle avec la rue du milieu. A cette époque le brave abbé Nicolas y vivait avec ses parents. Ces derniers nous initiaient à l’astronomie. Tous trois contribuèrent largement avec nos instituteurs à l’éducation de la jeunesse et furent regrettés à leur départ.

On descend toujours la petite rue. Sur la gauche, on passe devant la maison Tavéra face à la salle des fêtes, celle des Chazalon et l’on arrive chez Mr Denis, forgeron-charron et maréchal-ferrant. L’atelier fait le coin de la rue d’en bas. Pendant l’été, il est fermé. L’artisan effectue les battages avec son matériel chez les agriculteurs du village sur un périmètre de 10km. Lorsque la place à battre était toute proche, nous allions, une dizaine de gamins, nous installer sur la montagne de sacs de blé. Alors nous regardions de longs moments, dans le bruit assourdissant de la batteuse et de la poussière épaisse qui s’élevait, les hommes qui s’activaient. Sans relâche, ils empilaient des sacs et formaient de nouveaux tas.

Tout près de la forge, dans la rue d’en bas, face à une grande place où il fait bon vivre à l’ombre des platanes, se trouve un grand lavoir couvert où les femmes du village viennent faire leur lessive à tour de rôle.

En plus des trois autres fontaines dans différentes rues, celle-ci située à l’entrée du lavoir est si fraîche, que souvent il y a foule pour remplir seaux et gargoulettes. A cette époque nous ne disposions pas d’eau courante. Souvent au cours de l’été, cet endroit entouré de verdure reçoit la visite de caravanes de chameaux et de « chaouias ». Ils y font des réserves d’eau dans des outres en peau de chèvre, qu’on appelle des « chékoas ». Quelquefois parmi la caravane il y a un « boussadia » qui attire l’attention des gamins sur une placette ombragée près du lavoir. Vêtu de guenilles et de lanières de cuir fixées autour de sa taille, il danse inlassablement au rythme de son tambour (un bendir), en tournant sans cesse sur lui-même et en frappant de ses pieds nus la terre, soulevant des nuages de poussière rouge.

 

Chapitre II

 

Les grandes vacances

 

A 16h30, c’est l’heure du goûter. La confiture est rare, nous nous contentons d’une tartine de pain, frottée à l’ail, arrosée d’un filet d’huile d’olive. Déjà, il est temps de penser à la rentrée des bourricots…Dès que la chaleur devient moins forte et que le soleil entame sa descente , toute la petite troupe se réunit près de l’église. En prenant la rue du milieu, nous passons devant le café Milou Payan et nous nous dirigeons vers le moulin Chabout, situé à 500 mètres de la sortie du village, sur la route de Gounod.

Le soleil moins ardent nous caresse de ses tièdes rayons. Certains prennent place sur le pont de pierre, d’autres s’assoient sur le sol encore chaud. En attendant le signal des bergers, les chansons de notre répertoire et les histoires amusantes nous font patienter. On se partage les bâtons de réglisse en bois que nous avons dans la poche, on mâchouille de temps en temps, c’est agréable et rafraîchissant. Mais dès qu’on entend au loin, sur le haut de la colline les bergers rassembler le troupeau, nous nous précipitons vers le haut du chemin, derrière le moulin. Une excitation générale nous anime quand nous arrivons face aux ânes. Chacun veut avoir la meilleure monture. Certains bourricots ne se laissent pas monter, comme Guillaume, un petit frisé qui rue quand on est sur son dos (on disait qu’il faisait « zarbate »). D’autres enfants préfèrent Emma , la vieille et gentille ânesse, ou se disputent Constant, le plus grand des ânes gris …Dans cette atmosphère encore lourde de fin d’après-midi, la ruée de tous ces gamins provoque une certaine débandade dans le troupeau. Durant la descente du chemin encaissé dans la terre rouge, bordé de tamaris, le galop des bourricots soulève un nuage de poussière. Tous, nous poussons des cris de joie, des cris d’enfants heureux. Il faut éviter de grands trous sur l’un des côtés du chemin…En effet, les mauresques récupèrent quelquefois de la terre glaise pour confectionner des poteries. La cavalcade est toujours très agréable pour les plus chanceux qui ont trouvé une monture jusqu’à l’abreuvoir de la rue du milieu. Là les animaux s’abreuvent de longues minutes, tout en chassant les mouches de leur queue. Les bêtes, elles- aussi, semblent apprécier et savourer cet instant de fraîcheur après une journée étouffante. Quant à nous, gamins, nous nous précipitons au robinet de la fontaine pour boire entre nos deux mains son eau fraîche et désaltérante. Après quelques instants à l’ombre des platanes, nous quittons nos amis les bourricots, en espérant retrouver nos montures le lendemain. Alors que les bergers les reconduisent à l’étable chez le propriétaire, il est temps de rentrer à la maison, de faire un brin de toilette et de mettre la table pour le souper.

Après le repas, l’air est tellement lourd que beaucoup de familles prennent le frais sur le trottoir ou la terrasse. On sort les chaises longues, les bancs pour faire une pose jusqu’à 22h…23h.

Nous nous retrouvons entre enfants dans la rue d’en haut pour jouer aux «quatre coins » dans le carrefour. Les hannetons attirés par la lumière nous effleurent et se collent dans nos cheveux…Les crapauds poussent leur cri rauque et traversent la rue d’un saut lourd pour trouver un peu de fraîcheur sous une pierre. Dès que l’éclairage public s’éteint, nous nous précipitons sur les bancs en pierre devant chez Christian  et Jocelyne. Nous sommes intrigués par des centaines d’étoiles qui illuminent la voûte céleste. Chacun découvre l’étoile du berger, le petit chariot, le grand chariot…L’un de nous pointe le doigt vers le ciel et s’écrie :

«  Une étoile filante, je l’ai vue le premier, je fais un vœu. »

Après une journée si bien remplie, il est temps de rentrer à la maison…        

 

Les grandes vacances : Nos festins

 

Les garçons se réunissent à l’ombre des platanes. Les plus grands, tout en discutant, s’affairent aux préparatifs d’un casse-croûte de pigeons.

Les meilleurs titreurs : Elysée, René, Armand, Louis…préparent les projectiles pour les tire-boulettes ou élingues .Après avoir repéré l’un des perchoirs favoris des pigeons, le toit de la mairie ou le grand mûrier, ils attendent avec patience que les volatiles soient en nombre pour les viser et les tirer. Tout fiers, les chasseurs les ramènent à l’équipe des grandes filles. Aussitôt, elles les plument et les vident. Les plus petites dont je fais partie, participent à l’épluchage des pommes de terre. Puis on les dispose en rondelles avec des tomates et des oignons autour des pigeons, alignés sur deux grandes plaques. Le tout arrosé d’huile d’olive, parsemé de thym, sel, poivre…Une fois prêtes, nous transportons à deux ces plaques au fournil.

Durant le temps de cuisson, nous préparons un emplacement dans la cour de la mairie, les garçons nous aident à installer de longues planches sur  des tréteaux. Cette table improvisée pouvait recevoir au moins une quinzaine de convives. Dans cette chaude ambiance de préparatifs, nous sommes fébriles et impatients à l’idée de déguster notre savoureux repas.

A l’heure prévue par le boulanger, c’est « une envolée de moineaux » qui se précipite à la sortie du four. La vue des pigeons dodus et grillés nous fait saliver…Au menu, il y a encore des fruits fraîchement cueillis : melons, abricots, pêches, mûres blanches ou rouges. Chacun apporte sa participation. L’antésite et la limonade sont nos boissons préférées. Quelquefois les grandes confectionnaient une fougasse aux gratons, ou une pizza, mais aussi des gâteaux que l’on appelait « montécaos » (faits avec du saindoux qui remplaçait le beurre en ces durs moments) ou des croquets aux amandes.

A cette période de la journée, nous sommes habituellement à la maison. Exceptionnellement, nous avons la permission de nous réunir à l’ombre. Dans ce coin de fraîcheur, le repas se déroule dans une ambiance survoltée. L’allégresse est telle que nous n’avons aucune notion du temps qui s’écoule. Toutefois, en face de la mairie, l’horloge du clocher de l’église est là  pour nous rappeler les heures…histoires, plaisanteries et surtout chansons sont de tous nos programmes et de toutes nos sorties. La nature nous appartient et nous faisons corps avec elle.

 

Quand nous n’avions pas de pigeons, nous faisions griller au four, des têtes de mouton achetées chez le boucher. Le proverbe dit « Faute de grives on mange des merles ».

A l’heure du goûter, chacun passe rapidement à la maison, puis nous nous rendons dans la rue d’en haut, chez monsieur Merlet. Quand le brave homme part faire sa belote, il nous prête la plus grande des deux pièces de son petit logement pendant deux bonnes heures pour danser. La condition est que nous la lui rendions très propre. Une occasion pour lui de faire le grand ménage et pour nous d’en bénéficier la prochaine fois. Armand est préposé au pick-up, c’est lui qui choisit les paso- doble, les valses, les rumbas…Il manipule avec beaucoup de précaution les 78 tours.

 

Nous voulions imiter nos aînés, dont mon frère faisait partie. En effet ceux-ci avaient plus de chance que nous, ils dansaient le dimanche après-midi sur la terrasse de Raymonde. Parfois le soir, ils se réunissaient aussi, à côté de l’école primaire, sous le logement de l’instituteur. Ils avaient fait de ce local inoccupé, un foyer rural avec baby-foot, billard et quelquefois, soirées dansantes. C’était l’apprentissage du swing. Les plus jeunes n’étaient pas les bienvenus…Nous étions tolérés seulement  pour les grands bals à la salle  des fêtes, plusieurs fois dans l’année.

 

 


Deux programmes de fête envoyés par Andrée Denis Ehrhold et Jeanine Maître Bourgade: "les gais lurons" datant des années 40 et le deuxième de 1935. Merci à elles deux.

 

 

 


 

Récit  par Andrée Denis-Ehrhold de la mésaventure de Robert Molliex dans la neige ,secouru par son grand-père Ramboz. Cela se  passait pendant  l'hiver 1945 .

 

Perdu dans la neige durant l’hiver 1945

 

Autant l’été était torride ,autant l’hiver était glacial dans le constantinois. Quelquefois la neige était si abondante que nous restions coupés du monde pendant deux ou trois semaines…sans pain, sans médecin, sans courrier, sans téléphone, les fils étaient par terre sous le poids de la neige. Oued-zénati était à 20km,aucun véhicule ne circulait sur cette immensité blanche. Le matin au réveil, lorsqu’on ouvrait les volets de la cuisine, on n’insistait pas quand ils étaient bloqués par la neige. Mon père dégageait à la pelle le trottoir creusant une véritable tranchée. Je me sentais toute petite lorsque je partais à l’école entre ces deux murs de neige. A la récré et à la sortie de l’école, je ne pouvais pas éviter la bataille de boules de neige. Lorsque je rentrais à la maison, mon premier réflexe, c’était de m’asseoir devant le four de la cuisinière à bois ou la cheminée pour me réchauffer les pieds. Les engelures et les batailles de boules de neige sont mes plus mauvais souvenirs…Les garçons préparaient des tas de munitions et lorsque les filles passaient par là, c’était une avalanche qui s’abattait sur nous. Par contre ,j’aimais faire de la luge dans les rues en pente :face à la mairie et devant chez moi. C’était le rendez-vous de tous les gamins, depuis la rue d’en haut jusqu’à la rue d’en bas.

Comme beaucoup d’enfants, j’aimais assister à la messe de minuit le 25 décembre dans notre petite église, recouverte d’un manteau blanc. A l’intérieur, à gauche, face à l’harmonium ,se dressait la crèche en papier mâché marron. Illuminée de bougies, elle paraissait à mes yeux d’enfant très belle et très grande. Auprès de Marie et Joseph, tous les personnages étaient là avec les animaux autour de Jésus dans son berceau de paille ;Quelle joie, en ces temps difficiles, quand le lendemain dans nos souliers, nous trouvions un modeste jouet, quelques friandises ou une orange et des mandarines.

Après noël, la neige était en partie fondue .Les toits des maisons se paraient de magnifiques guirlandes de glaçons qui scintillaient sous les rayons du soleil. Les routes avaient été dégagées, la circulation avait repris, mais pour combien de temps ? Ces quelques jours de répit nous avaient permis de fêter le jour de l’an. Comme de coutume, nous allions par groupe d’enfants, de maison en maison pour présenter nos vœux. Les habitants y étaient très sensibles, ils nous offraient quelques douceurs :bonbons, oreillettes, montécaos…et quelquefois une petite goutte de liqueur…

Malheureusement durant cet hiver 45-46,de nouvelles chutes de neige se sont abattues sur notre région. A cette époque les bulletins météorologiques n’existaient guère. Le plus souvent on scrutait le ciel, on surveillait les vents, on regardait la lune…Cette fois encore les chutes étaient plus abondantes qu’à l’accoutumée.

Un matin ,dès l’aube, mon grand-père ouvrit péniblement la porte de sa petite ferme entre Renier et Oued-Zénati (c'est-à-dire à 8km environ de Renier).C’était le calme absolu sur « la montagne aux moutons »,recouverte d’un épais tapis, d’une blancheur immaculée. Soudain dans le froid glacial il entendit geindre, une plainte à peine audible. Ce gémissement provenait de l’autre côté de la route, là où s’était formée une énorme congère. Vite il réveilla le « khammès » qui vivait à côté de chez lui : -« Viens vite m’aider !entends-tu ce bruit ?On dirait comme un gémissement…Accompagne-moi » .Tous deux prêtant l’oreille, se dirigèrent péniblement dans cette couche épaisse. Dans le fossé, de l’autre côté, ils aperçurent une tête dépassant à peine du sol enneigé…Mon grand-père et le « khammès » dégagèrent un homme gelé, en hypothermie .Une fois à l’intérieur de la ferme, il reconnut Robert Molliex, soldat permissionnaire, qui avait eu l’imprudence de penser qu’en partant de Oued-Zénati à pied, il arriverait sans dommage à Renier, en suivant le fossé. Mais il n’alla jamais plus loin que la ferme…Les deux hommes le déshabillèrent rapidement devant la cheminée et le frictionnèrent avec de l’eau de Cologne, »remède inespéré ».Robert retrouva enfin ses esprits et ses forces. Un bon vin chaud parfumé d’un zeste d’orange finit de le requinquer.

Il ne cessait de répéter : « je reviens de loin, je reviens de loin !... ». Encore troublé par sa terrible aventure, il remerciait avec émotion mon brave grand-père. Dès que la route fut praticable, il attela Bijou, son cheval gris, à la calèche pour raccompagner Robert à Renier.

 

Andrée Denis-Ehrhold


 
 
 
Jacky Italiana

 

Eh oui Sabine, c'est encore moi ! Je viens de me repencher, un peu plus longuement, sur votre site.
J'ai personnellement pris plaisir à revoir le pont sur l'oued-Cherf que j'ai emprunté avec ma 2 CV de fonction, à l'automne 1961, venant de Bir Menten pour me rendre à Renier. En effet, j'étais chargé de cette commune en qualité de Moniteur de S.A.P (Conseiller agricole) auprès de la population autochtone. Effectuant des labours, j'ai tordu accidentellement la barre d'attelage de la charrue (prise par une chenille dans un virage trop serré). Le seul endroit pouvant me la redresser, était la forge des TAVERA. Je me suis donc déplacé seul, au risque de ma vie, depuis le centre de Bir Menten jusqu'à Renier. Le travail effectué avec dextérité, j'ai fait le chemin en sens inverse en prenant le même risque. Voilà pour la petite histoire Nouvellement marié à Colette et résidant à GOUNOD, je ne lui avais pas demandé la permission pour ce déplacement tout à fait spécial et dangereux.
 Une autre photo tout aussi intéressante est la dernière de Renier en "votre possession". Elle représente "la célèbre table en pierre devant le café de la rue d'en haut". Il m'est agréable  d'y reconnaître ma belle-soeur Irène CALVAT de Gounod, probablement de passage dans la famille DAVRIEUX !!! 
 
 Amicalement.
                                Jacky


 

 

 Jean-Pierre Mondon 

Le premier témoignage est un passage d’une lettre datée du 30 avril 2000  que   Jean -Pierre Mondon écrivait à  Armand Payan , toujours  prêtre en Algérie .

 

Mon cher Armand,

 

Je regrette beaucoup de ne pas être parmi vous les 20 et 21 mai pour retrouver les amis et évoquer nos souvenirs communs. Oui comment oublier les moments agréables passés ensemble ?  L’après-midi dans la cour du presbytère de l’abbé Nicolas où nous jouions à toutes sortes de jeux : nain jaune, petits chevaux , échecs, …attirés aussi , il faut bien le dire par la compagnie de nos petites camarades. Moi je n’avais d’yeux que pour Paulette . Ensuite nous allions purifier nos âmes à l’angélus, non sans avoir auparavant tirer sur la corde de la cloche en montant le plus haut possible .

Il y avait aussi les courses de carriole avec les petits arabes qui se terminaient parfois par des arrivées brutales dans les fossés et des « bobos » que l’on s’efforçait de cacher aux parents.

C’était aussi l’attente, le soir, du retour des bourricots au village et les essais pour se maintenir le plus longtemps assis sans se faire désarçonner par une ruade.

Nous allions également pêcher les grenouilles avec un chiffon rouge dans les petites mares, non loin du village sans nous douter que nous pouvions être piqués par des moustiques et attraper le paludisme, ce qui m’est hélas arrivé .

C’était aussi l’époque ( 1944 ) où les américains avaient leur camp à 6 km de Renier . nous allions leur rendre visite et étions étonnés de les voir viser la lune avec leurs mitrailleuses à balles traçantes. Nous nous donnions de l’importance en acceptant leurs cigarettes tout en prenant soin de mâchonner  chewing-gum ou bonbons en forme d’hostie au goût pharmaceutique avant de rentrer à la maison  .

Après le dîner nous nous retrouvions pour jouer à toutes sortes de jeux. Nous aimions faire des étincelles en lançant des couteaux de moissonneuse ou de faucheuse sur le mur de la clôture de l’église , en face de chez toi ou alors nous nous asseyions sur un banc en pierre  groupés autour de ton père qui nous racontait des histoires de chacal et de hyènes.

Tous ces souvenirs , je les dois à mon oncle Aimé Regourd et à ma tante Berthe que je regrette beaucoup . J’ai également beaucoup d’affection pour mon cousin Maurice, sa femme Simone ainsi que ma cousine « Nono ».

 

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André Couder

En  1931, mon père, André Couder militaire de carrière dans un régiment de spahis, était chef du détachement  de remonte à Aïn-Abid. Il connut là, Norbert  Payan fils du garde champêtre  qui lui parla pour la première fois de Renier, son village natal, en lui disant que c’était un village formidable aussi bien par son site que par ses habitants. Quelque temps plus tard, mon père eut l’occasion d’y aller avec un ami, Norbert Grebis . Voilà dans les souvenirs qu’il écrivit à mon intention ses impressions sur Renier. Ma grand-mère Alice  Payan tenait alors l’hôtel-restaurant -café-boulangerie situé dans la rue d’en haut. Ma mère, Elysée Payan servait à la boulangerie, ma tante Denise au café, ma grand-mère faisait la cuisine et les deux sœurs servaient au restaurant  au moment des repas.
                                                                                                                                                                                                            Sabine 

« Et nous voilà en route pour Renier dans la belle voiture de Norbert Grebis . Ce n’était pas loin et après avoir traversé Aïn-Régada puis Oued-Zénati , nous avons gravi la route serpentant le djébel Ancel et après quelques kilomètres de plateau nous sommes descendus sur Renier.

Entrée du village, un gros arbre à gauche, quelques maisons et stop au café hôtel restaurant. Là, nous avons pris l’apéritif. Nous étions les seuls dans la salle en ce dimanche après-midi. Il y avait un petit comptoir, nous étions à une table et une demoiselle est venue nous servir. Derrière le comptoir, une porte donnait accès à la boulangerie dans laquelle il y avait un rassemblement de jeunes filles, assises sur les rayons vides de la boulangerie. Il y en avait même une qui était blonde coiffée d’un béret, si mes souvenirs sont bons. Elle semblait être la meneuse de jeu et de temps en temps on entendait des petits éclats de rire. Le temps passant, après avoir consommé, nous sommes partis et avons fait le tour du village. Pas une âme dans les rues, que des maisons style français , des rues bordées de jolis arbres, des abreuvoirs et quelques bouses de vache au milieu du chemin.

Le gros arbre à droite en sortant, la côte, le Djebel Ancel, Oued-Zénati, stop au café du centre où nous avons pris une autre consommation puis retour à Aïn-Abid. Donc première impression de Renier, joli village sans animation, aux gens pas très causants  »

 

    Plus tard il revit ma mère à Aïn-Abid chez la tante Margot Payan et de fil en aiguille il fut invité à Renier par ma grand-mère  où il se rendit en train. Voici ce qu’il écrivit.

 

« Je fais grâce du départ de Constantine mais pas de l’arrivée à Renier. Pour le train le terminus était Oued-Zénati . Ensuite il fallait prendre le car de la société Resin et Cie qui partait pour Renier à 11h45 car il attendait le courrier étant le seul moyen de transport public. J’étais le seul européen et militaire par-dessus le marché sur la trentaine de passagers. Le commis m’avait installé devant entre le chauffeur et lui, la valise sur l’impériale avec les sacs de dattes écrasées, une chèvre  etc…Et le tout s’ébranla lentement, vers sa destination. Quelques arrêts en route pour faire descendre ou monter des usagers, une côte à n’en plus finir, un grand Djebel d’un côté (Djebel Ancel 1148m d’altitude) et un ravin de l’autre. Le bouchon du radiateur fumait, il fallait rajouter de l’eau enfin bref, nous sommes arrivés sur un plateau. Ouf ! la machine prit de la vitesse et ce fut la descente ; Le chauffeur m’a demandé où j’allais, j’ai répondu chez madame Payan . Il m’a dit qu’il s’arrêtait devant la poste et que l’hôtel était à côté  Donc fin de la descente , un gros arbre à gauche , quelques maisons et ce fut le terminus.

La première personne que j’ai vue c’est le postier, j’ai récupéré ma valise et me suis dirigé vers l’hôtel où j’ai été accueilli par Zizette qui m’a tout de suite présenté sa mère, sa sœur Denise et François le boulanger, etc, etc,…Je me suis dirigé vers le bar car j’avais une soif terrible . On m’a montré ma chambre au premier étage pour déposer ma valise et me rafraîchir avant le repas, ce qui fut fait. Et nous nous sommes mis à table. Le menu fut à la hauteur de la cuisinière : saucisson brioché, blanquette, pommes de terre à la je ne sais pas comment, fromages, dessert, café et pousse café. Si j’avais été arabe j’aurais prouvé à leur manière que j’avais bien mangé ! Il y avait Joseph, le frère de Zizette, je l’ai oublié car il n’a pas dit un mot pendant tout le repas et s’est défilé à la fin pour ne revenir que le soir peu avant le dîner.

Après le repas, je suis sorti et me suis assis une fesse posée sur la table en pierre qui se trouvait sur le trottoir devant l’hôtel, et de là j’observai ce qui se passait dans la rue. Le personnel de l’hôtel occupé à son travail et au bar quelques personnes qui discutaient avant de reprendre le travail. François le boulanger est venu me porter un autre café. C’était gentil de sa part, nous avons un peu discuté quelques minutes puis il est parti faire la sieste. Plus tard, je me suis aperçu qu’il travaillait beaucoup. Que de têtes sont sorties et rentrées pour voir qui j’étais ! Je me doutais des commentaires ayant déjà vécu cela en station !

Ce que j’ai admiré le plus ce sont ces jolis arbres qui bordaient la rue et surtout celui de l’entrée du village, une énorme boule de feuillage plantée sur le tronc .Le plus moche c’était ce fumier qui était stocké sur le bord de la route. Les deux sœurs sont venues me rejoindre sur la table en pierre et m’ont invité à visiter la ferme. Surprise ! Je la croyais à l’extérieur du village et elle se trouvait à quatre pas de l’hôtel entre deux maisons qui étaient aussi des fermes. On a commencé par le plus beau, le rez-de-chaussée avec ses stalles, ses râteliers, il n’y avait que des jeunes veaux, les autres bêtes étant aux champs. Puis par un couloir extérieur et des escaliers ce fut le premier étage avec sa grande terrasse, son balcon à balustres donnait sur la rue, un autre sur le côté laissait voir les écuries puis il se prolongeait sur le restant de la façade pour aboutir aux WC. La maison était vaste, quatre pièces et la grande cuisine avec ses poutres au plafond où pendaient encore quelques saucissons. Derrière un grand hangar et ce fut tout.

Nous sommes allés jusqu’au gros arbre et au retour un monsieur était là sur le pas de la porte de sa maison. Je lui fus présenté, c’était monsieur Aimé Regourd. Quand il sut mon nom il me dit avoir servi sous les ordres de mon père à Constantine et il a commencé à me raconter sa vie jusqu’à ce que sa femme  l’appelle de l’intérieur. Et nous revoilà autour de la table en pierre mais cette fois-ci avec des chaises et de grands verres pour nous désaltérer. De temps en temps des jeunes filles revenaient prendre du pain, on me présentait, elles restaient un peu et repartaient. Soudain une musique se fit entendre à l’intérieur du café. Des jeunes filles dansaient entre elles ou avec quelques garçons, des cousins, des frères mais ils étaient en petit nombre. Au comptoir étaient accoudés trois jeunes gens plus vieux dont un à l’air goguenard. Ils ne dansaient pas, buvaient de l’anisette et m’ont regardé d’un mauvais œil quand je suis rentré et me suis mis dans le coin de la salle, à une table. J’ai fait quelques danses, il n’y avait pas d’entrain. Madame Payan est venue me tenir un moment compagnie puis ce fut le tour des filles de la maison. Rien n’est plus gênant que d’être étranger dans un village. En ville ce n’était pas la même chose heureusement !

Enfin le souper. L’atmosphère était plus détendue, même Joseph se permettait de rire de temps à autre et les questions pleuvaient de tous les côtés. Alors vous êtes le fils du capitaine Couder ? vous vous êtes engagé ? Oui parce que j’en avais plein le dos de vivre à la maison et que les études ne m’intéressaient plus. Où sont vos parents ? Mon père a pris sa retraite et est rentré en France où il a une propriété dans le Gers, à Lectoure. Enfin un passage au tamis en règle. Après encore un peu de « blague », ce fut l’heure d’aller se coucher. Bonsoir tout le monde et au lit. Je me suis endormi comme une masse mais j’ai fait un cauchemar carabiné. J’avais pris l’habitude des lits militaires et perdu celle des lits droits, trop souples. Au réveil, après la toilette, je suis descendu dans la grande salle. C’était dimanche et on m’informa que la messe était à 10heures avec l’air de me dire que je n’y serais pas de trop. J’ai fait partie du convoi avec les deux sœurs et le frère, la mère ayant assisté à celle de 6 heures. On entre dans l’église, je me mets avec Joseph à gauche presque sous le clocher. Les femmes étaient du côté droit face au chœur, les hommes du côté gauche. Et moi tout près de la porte de sortie pour décamper plus vite à la fin du service. Pendant l’office inutile de dire que j’ai été le point de mire. La messe terminée retour à l’hôtel et apéritif. Des gens m’ont offert de boire avec eux ce que j’ai accepté ; nous avons bavardé et nous nous sommes séparés à l’heure du repas .Repas succulent comme celui de la veille. Devant rentrer à Constantine le soir je me suis inquiété d’un moyen de transport jusqu’à Oued-Zénati . Ce fut monsieur Résin qui descendant pour d’autres clients arabes, me prit vers les 17heures de l’après-midi. J’ai donc pris congé de mes hôtes, moult remerciements, congratulations etc, …Je me suis retrouvé au quartier vers huit heures du soir. La journée avait été rude !

Le lendemain j’envoyais une lettre de remerciements à Melle Elysée Payan et à sa famille.  »